
Penser que souscrire une décennale suffit à protéger votre entreprise BTP est une erreur qui peut vous coûter très cher.
- Votre responsabilité peut être engagée à cause d’un sous-traitant non assuré, même si vous ne l’avez pas payé.
- Réaliser une tâche hors de votre périmètre d’assurance (même simple) annule toute couverture en cas de sinistre.
- Un assureur « exotique » moins cher peut disparaître, vous laissant seul face à une dette de plusieurs dizaines de milliers d’euros.
Recommandation : Arrêtez de voir l’assurance comme un simple papier obligatoire. Auditez votre contrat comme vous vérifieriez un plan de structure pour identifier et neutraliser les pièges avant qu’ils ne fassent s’écrouler votre trésorerie.
Sur un chantier, on serre les boulons, on vérifie les niveaux, on s’assure que les fondations sont solides. Chaque artisan sait que la solidité de l’ouvrage dépend du soin apporté à chaque détail. Mais le maillon faible, celui qui peut tout faire s’écrouler, c’est souvent un simple papier : le contrat d’assurance. On vous bassine avec l’obligation de souscrire une Responsabilité Civile Professionnelle (RC Pro) et une garantie décennale. C’est la base, le BA-ba. Que vous soyez en société ou auto-entrepreneur, la loi ne fait aucune différence : sans ces assurances, pas de chantier. C’est une condition non négociable pour protéger le client et garantir la pérennité de l’ouvrage.
Seulement voilà, se contenter de payer ses cotisations en pensant être à l’abri est la plus grande erreur qu’un pro du bâtiment puisse commettre. La vérité du terrain, c’est que votre contrat est un véritable champ de mines. Une clause mal lue, une activité « à côté » non déclarée, un sous-traitant choisi à la va-vite, et c’est toute votre boîte qui peut exploser en plein vol. Votre survie ne dépend pas seulement d’avoir une assurance, mais de connaître précisément ses limites, ses exclusions et les angles morts qui peuvent vous laisser seul face à une facture à six chiffres.
Ce guide n’est pas un catalogue d’assurances de plus. C’est un plan de déminage. On ne va pas vous parler de ce que votre assurance couvre, mais de toutes les situations concrètes où elle risque de vous lâcher. Nous allons décortiquer ensemble huit scénarios-pièges, huit situations vécues où des artisans, pensant être en règle, ont vu leur entreprise vaciller. L’objectif est simple : vous donner les clés pour lire entre les lignes de votre contrat et transformer cette dépense obligatoire en un véritable bouclier pour votre entreprise.
Pour naviguer efficacement à travers ces pièges potentiels, voici un aperçu des points critiques que nous allons examiner. Chaque section est conçue pour vous armer contre un risque spécifique et vous permettre de sécuriser votre activité sur le long terme.
Sommaire : Les pièges de l’assurance BTP qui peuvent coûter votre entreprise
- Pourquoi vous pouvez être responsable des malfaçons du sous-traitant que vous n’avez pas payé ?
- Comment assurer vos outils dans votre camionnette garée dans la rue ?
- Assureur français ou LPS étrangère : quel risque pour votre décennale ?
- L’erreur de poser du carrelage quand on est assuré seulement pour la plomberie
- Quand résilier sa décennale lors d’un départ à la retraite pour rester couvert 10 ans ?
- Pourquoi une fenêtre qui ferme mal n’est pas toujours couverte par la décennale ?
- Le piège des délais de remboursement qui asphyxie les artisans du bâtiment
- Décennale vs Biennale : quelle garantie activer selon la nature des fissures ?
Pourquoi vous pouvez être responsable des malfaçons du sous-traitant que vous n’avez pas payé ?
C’est un classique sur les chantiers : pour tenir les délais, on fait appel à un confrère ou à une autre boîte en sous-traitance. Vous pensez que s’il fait une erreur, c’est son problème et son assurance qui joueront. C’est une erreur de jugement qui peut vous coûter votre entreprise. Le principe de la responsabilité en cascade est impitoyable : aux yeux du client final (le maître d’ouvrage), vous êtes le seul et unique responsable de l’intégralité des travaux, y compris ceux que vous avez délégués. Si votre sous-traitant est défaillant, insolvable ou, pire, non assuré, c’est vers vous que le client se retournera. Et votre propre assureur pourrait même refuser de couvrir les dégâts.
L’assureur peut invoquer une « faute dans le choix du sous-traitant ». En clair, il vous reprochera de ne pas avoir fait les vérifications de base. Peu importe que vous ayez payé ou non ce sous-traitant. Sa défaillance devient votre problème, et les conséquences financières peuvent être désastreuses. Il est donc absolument vital de bétonner vos arrières avant même que votre sous-traitant ne pose un pied sur le chantier. Ne vous contentez pas d’une poignée de main ou d’une parole. La confiance n’exclut pas le contrôle, surtout quand votre trésorerie est en jeu.
Étude de Cas : Artisan condamné pour défaillance de son sous-traitant non assuré
Un plombier a fait appel à un sous-traitant pour l’installation d’un réseau de chauffage. Le sous-traitant, en liquidation judiciaire 6 mois après les travaux, n’avait pas d’assurance décennale valide. Suite à des fuites importantes causant 45 000€ de dégâts, l’artisan principal a dû assumer l’intégralité des réparations via sa propre RC Pro, l’assureur invoquant une ‘faute dans le choix du sous-traitant’ pour l’absence de vérification des assurances.
Pour éviter ce scénario catastrophe, votre meilleure arme est un contrat de sous-traitance en béton armé. Voici les clauses minimums à intégrer :
- Exiger une attestation d’assurance RC Pro et Décennale à jour, et surtout, vérifier que la couverture correspond bien aux travaux que vous lui demandez.
- Intégrer une clause de réception contradictoire des travaux du sous-traitant, avec un procès-verbal signé des deux parties.
- Définir des pénalités claires en cas de malfaçon ou de retard.
- Prévoir une retenue de garantie de 5% sur ses factures pendant au moins un an après la réception des travaux.
- Inclure une clause de substitution vous autorisant à faire appel à un autre artisan aux frais du défaillant s’il n’intervient pas pour corriger ses erreurs.
Comment assurer vos outils dans votre camionnette garée dans la rue ?
Votre camionnette, c’est votre atelier mobile. Elle contient souvent pour des milliers d’euros d’outillage, indispensable à votre activité. Or, le vol dans les véhicules utilitaires est un fléau qui peut mettre un coup d’arrêt brutal à votre activité. Penser que l’assurance de base de votre véhicule couvre ce matériel est une illusion dangereuse. L’assurance auto classique couvre le véhicule en lui-même, pas son contenu professionnel. Pour protéger vos outils, deux options principales existent, avec des niveaux de couverture très différents : une extension de votre assurance véhicule ou une garantie spécifique dans votre contrat multirisque professionnelle.
Le diable, comme toujours, se cache dans les détails du contrat. Une garantie « matériel transporté » liée à l’assurance du véhicule aura souvent des plafonds de remboursement plus bas et des franchises plus élevées. Surtout, elle peut contenir des exclusions rédhibitoires : le vol sans effraction (si vous avez oublié de verrouiller), le vol pendant la nuit si le véhicule n’est pas dans un garage fermé, ou encore le matériel laissé sur le chantier à côté du camion. La multirisque pro, bien que plus chère, offre généralement une protection plus solide, couvrant le matériel sur le chantier, en transport et parfois même en cas de simple négligence.
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L’image ci-dessus montre bien qu’au-delà de l’assurance, la première protection est physique. Des coffres sécurisés et des systèmes anti-effraction sont des prérequis que beaucoup d’assureurs exigent pour activer la garantie. Le choix dépend de la valeur de votre matériel et de votre niveau de risque. Comparer les deux solutions n’est pas une option, c’est une nécessité pour éviter de devoir tout racheter sur vos fonds propres après un vol.
Le tableau suivant met en lumière les différences fondamentales entre les deux types de couverture. Analysez-le attentivement pour déterminer quelle option correspond le mieux à la réalité de votre quotidien.
| Critère | Assurance Véhicule Utilitaire | Multirisque Professionnelle |
|---|---|---|
| Plafond de garantie matériel | 5 000€ à 15 000€ | 10 000€ à 50 000€ |
| Franchise moyenne | 300€ à 500€ | 500€ à 1 000€ |
| Vol sans effraction | Souvent exclu | Couvert si options sécurité |
| Matériel hors véhicule | Non couvert | Couvert sur chantier |
| Prime annuelle moyenne | 200€ à 400€ | 800€ à 1 500€ |
Assureur français ou LPS étrangère : quel risque pour votre décennale ?
Face à des cotisations de décennale qui grimpent, la tentation est grande de se tourner vers des assureurs « exotiques ». Ces compagnies, souvent basées à Gibraltar, à Malte ou en Europe de l’Est, opèrent en France en Libre Prestation de Services (LPS) et proposent des tarifs défiant toute concurrence. C’est un piège qui peut se refermer violemment sur vous. Le risque majeur ? Ces assureurs peuvent faire faillite du jour au lendemain, vous laissant sans aucune couverture. Leurs pratiques commerciales agressives cachent souvent une solidité financière très faible et une gestion des sinistres calamiteuse, voire inexistante.
En cas de faillite de votre assureur LPS, vous êtes doublement pénalisé. D’abord, vous n’êtes plus couvert et devez immédiatement souscrire un nouveau contrat, souvent en urgence et à un prix exorbitant. Ensuite, pour les sinistres survenus pendant que vous étiez chez cet assureur défaillant, vous devrez vous tourner vers le Fonds de Garantie des Assurances Obligatoires (FGAO). C’est une procédure longue et complexe. En effet, selon les données du marché, le FGAO met en moyenne 18 à 24 mois pour commencer à indemniser, une éternité pendant laquelle vous devrez avancer les frais de réparation. Cette « fausse sécurité » d’un contrat pas cher peut ainsi provoquer l’asphyxie de votre trésorerie et la faillite pure et simple.
Avant de signer un contrat qui semble trop beau pour être vrai, vous devez absolument mener votre propre enquête. Ne faites jamais confiance aveuglément à un courtier qui vous pousse vers une solution low-cost sans garanties solides. La tranquillité d’esprit a un prix, mais la faillite a un coût bien plus élevé.
Plan d’action : vérifier un assureur en LPS en 5 minutes
- Consulter le registre REGAFI : Allez sur le site de l’ACPR (le gendarme des banques et assurances en France) et vérifiez que l’assureur est bien agréé pour opérer en France.
- Vérifier l’intermédiaire sur l’ORIAS : Contrôlez que le courtier qui vous propose le contrat est bien enregistré et autorisé à distribuer les produits de cet assureur spécifique.
- Contrôler la notation financière : Recherchez le nom de la compagnie d’assurance sur les sites des grandes agences de notation (Standard & Poor’s, Moody’s). Fuyez tout ce qui est en dessous d’une note « BBB ».
- Rechercher les avis et litiges : Tapez le nom de l’assureur sur des forums professionnels du BTP. Les retours d’expérience des autres artisans sont souvent un excellent indicateur.
- Identifier le gestionnaire de sinistres : Demandez les coordonnées précises du correspondant en France qui gérera vos sinistres. Un simple numéro de téléphone vers une plateforme à l’étranger est un signal d’alarme.
L’erreur de poser du carrelage quand on est assuré seulement pour la plomberie
« C’est juste pour dépanner le client », « C’est une petite surface, je sais faire »… Cette phrase, beaucoup d’artisans se la sont dite. Un plombier qui pose un peu de carrelage, un électricien qui installe une VMC, un maçon qui fait un peu d’étanchéité. Le problème est que votre contrat d’assurance décennale n’est pas un buffet à volonté. Il est une liste précise et limitative d’activités pour lesquelles vous êtes couvert. Si vous réalisez une tâche, même mineure, qui ne figure pas explicitement dans votre contrat, vous travaillez sans filet. En cas de sinistre lié à cette activité « hors-piste », votre assureur refusera systématiquement et légalement sa garantie. Vous serez alors seul pour payer les réparations.
L’assureur ne juge pas votre compétence. Il se base uniquement sur le « périmètre du risque » que vous avez déclaré et pour lequel vous payez une cotisation. Sortir de ce périmètre, c’est rompre le contrat de confiance. Le sinistre n’a pas besoin d’être énorme. Une infiltration due à un joint de carrelage mal fait par un plombier peut engendrer des dégâts considérables sur plusieurs milliers d’euros. C’est une erreur classique qui transforme un « petit service » rendu au client en un cauchemar financier pour l’artisan.
Étude de Cas : Sinistre refusé pour activité non déclarée
Un électricien assuré uniquement pour ‘installation électrique’ a posé des panneaux photovoltaïques pour un client. Suite à des infiltrations causées par une mauvaise étanchéé, l’assureur a refusé la prise en charge du sinistre de 35 000€, considérant que l’activité ‘pose de panneaux solaires’, qui implique des travaux de couverture et d’étanchéité, nécessitait une extension de garantie spécifique non souscrite.
La seule parade est la rigueur. Chaque année, vous devez faire le point avec votre courtier ou votre assureur. Listez toutes les nouvelles activités que vous avez pu exercer, même ponctuellement. Vérifiez l’évolution de votre chiffre d’affaires par activité, car certains seuils peuvent changer la donne. Recensez les nouvelles techniques ou les matériaux que vous utilisez, surtout s’ils nécessitent un Avis Technique. C’est ce dialogue constant et honnête avec votre assureur qui vous garantit d’avoir une couverture qui colle à la réalité de votre travail sur le terrain.
Quand résilier sa décennale lors d’un départ à la retraite pour rester couvert 10 ans ?
L’heure de la retraite a sonné. Vous cessez votre activité, radiez votre société. L’un des premiers réflexes est de couper toutes les charges, y compris l’assurance décennale. Attention, c’est une erreur fondamentale. Votre responsabilité d’artisan ne s’arrête pas le jour où vous rendez votre Kbis. Elle continue de courir pendant 10 ans après la réception de votre dernier chantier. Si une malfaçon relevant de la décennale apparaît sur un ouvrage que vous avez réalisé 5 ans avant votre départ, vous pouvez toujours être appelé en garantie. Si vous avez résilié votre contrat sans prendre de précaution, vous ne serez plus couvert et devrez payer les réparations de votre poche.
Il ne faut donc jamais résilier purement et simplement son contrat pour « cessation d’activité ». La bonne procédure est de transformer votre contrat en une « garantie subséquente ». Vous devez informer votre assureur de votre départ à la retraite. Celui-ci va alors ajuster votre contrat : vous ne paierez plus pour les nouveaux chantiers (puisque vous n’en ferez plus), mais vous continuerez de payer une cotisation, généralement très réduite, pour maintenir la couverture sur tous les chantiers que vous avez réalisés par le passé. Cette prime est calculée pour couvrir le « stock » de risques sur les 10 années à venir. C’est le seul moyen de partir à la retraite l’esprit tranquille.
Ne pas le faire est non seulement risqué, mais aussi illégal. L’obligation d’assurance décennale s’applique aussi à la période post-activité. Omettre de déclarer votre cessation ou ne pas maintenir une couverture adéquate peut être lourdement sanctionné. En effet, le défaut d’assurance décennale est passible de 75 000€ d’amende et 6 mois d’emprisonnement. C’est un risque pénal et financier que personne ne veut prendre pour sa retraite. La tranquillité se prépare en amont, en dialoguant avec son assureur pour organiser une transition en douceur et sécurisée.
Pourquoi une fenêtre qui ferme mal n’est pas toujours couverte par la décennale ?
Un client vous appelle : la fenêtre que vous avez posée il y a trois ans ferme mal ou laisse passer un filet d’air. Votre premier réflexe est de penser à la garantie décennale. Pourtant, dans bien des cas, ce type de désordre ne relève pas de la décennale mais de la garantie de bon fonctionnement, aussi appelée garantie biennale. La distinction entre les deux est cruciale, car elle détermine qui paie et dans quel délai. La confusion entre ces garanties est un piège classique qui peut générer des conflits avec le client et l’assureur.
Pour faire simple, la garantie décennale ne couvre que les dommages les plus graves. Il en existe deux types : ceux qui compromettent la solidité de l’ouvrage (un mur porteur qui fissure) et ceux qui rendent le logement impropre à sa destination (des infiltrations d’eau généralisées rendant une pièce inhabitable). Une fenêtre qui ferme juste un peu mal n’entre généralement dans aucune de ces catégories. Elle relève de la garantie biennale, qui couvre pendant deux ans les « éléments d’équipement dissociables », c’est-à-dire tout ce qui peut être enlevé sans démolir l’ouvrage (poignées, serrures, mécanismes de fermeture, etc.).
Le point de bascule est le critère de gravité. Si le défaut de la fenêtre est tel qu’il provoque des infiltrations massives qui pourrissent l’isolant et les murs, on bascule dans « l’impropriété à destination » et la décennale peut être activée. C’est ce que confirme une jurisprudence récente.
Jurisprudence : fenêtre défectueuse reconnue comme sinistre décennal
Dans un arrêt de la Cour de Cassation de mars 2024, des menuiseries présentant des défauts d’étanchéité à l’air ont été reconnues comme relevant de la garantie décennale. Les infiltrations répétées avaient causé le pourrissement de l’isolation et du placo, rendant deux pièces insalubres. Le critère retenu : l’impropriété à destination partielle du logement, avec un coût de réparation de 28 000€ pris en charge par l’assurance décennale du menuisier.
Le tableau suivant vous aidera à y voir plus clair pour distinguer les cas de figure les plus courants concernant les menuiseries.
| Type de défaut | Garantie applicable | Critère déterminant |
|---|---|---|
| Infiltrations majeures par la menuiserie | Décennale | Impropriété à destination (logement inhabitable) |
| Mécanisme de fermeture défaillant | Biennale | Élément d’équipement dissociable |
| Déformation du dormant compromettant la structure | Décennale | Solidité de l’ouvrage menacée |
| Poignée cassée ou serrure bloquée | Biennale | Simple dysfonctionnement d’équipement |
| Pont thermique causant condensation excessive | Décennale si grave | Dépend de l’ampleur des dégradations |
Le piège des délais de remboursement qui asphyxie les artisans du bâtiment
Un sinistre survient. Vous le déclarez, l’expert passe, le chiffrage est validé. Vous pensez que le plus dur est fait. En réalité, un autre combat commence : celui contre le temps. Les délais d’indemnisation des assurances peuvent être extrêmement longs et provoquer une véritable asphyxie de votre trésorerie. Pendant que vous attendez le virement de l’assureur, vous devez souvent avancer les frais : racheter les matériaux, payer la main-d’œuvre pour la reprise des travaux, parfois même louer du matériel de remplacement. Pour une petite structure, cette avance de fonds peut rapidement devenir intenable et mettre en péril l’équilibre financier de l’entreprise.
Pourquoi ces délais sont-ils si longs ? D’une part, les batailles d’experts entre assureurs (le vôtre, celui du client, celui du sous-traitant…) peuvent durer des mois. D’autre part, le secteur de l’assurance construction est structurellement déficitaire. En effet, le taux de sinistralité en dommages-ouvrage atteint 88,1% des cotisations reversées en sinistres, ce qui signifie que les assureurs sont très prudents et examinent chaque dossier à la loupe avant de payer. Ils n’ont aucun intérêt à accélérer le processus. Cette inertie peut vous être fatale si vous n’avez pas anticipé le choc sur votre cash-flow.
Face à cette situation, rester passif est la pire des stratégies. Il faut au contraire être proactif et utiliser tous les leviers à votre disposition pour tenir le coup financièrement pendant cette période critique. Il ne s’agit pas de subir, mais de mettre en place une véritable stratégie de survie financière.
- Activer la protection juridique : Dès le début du litige, mandatez un expert d’assuré via votre garantie protection juridique. Sa contre-expertise accélérera les négociations.
- Négocier un acompte : Fournissez à votre assureur les premières factures de réparation et demandez un acompte sur l’indemnisation finale. Un acompte de 30% est souvent négociable.
- Mobiliser une ligne de crédit : Anticipez en discutant avec votre banquier d’une facilité de caisse ou d’une ligne de crédit court terme, spécifiquement pour ce type de situation.
- Demander un échelonnement des charges : Contactez l’URSSAF et les impôts pour demander un report ou un échelonnement de vos charges sociales et fiscales. Des délais sont souvent accordés en cas de coup dur.
- Utiliser l’affacturage : Si vous avez des factures clients en attente, vous pouvez les « vendre » à une société d’affacturage (factoring) pour obtenir de l’argent frais immédiatement.
À retenir
- Vérification systématique : Ne faites jamais travailler un sous-traitant sans avoir personnellement vérifié ses attestations d’assurance RC Pro et Décennale en cours de validité.
- Déclaration exhaustive : Votre contrat d’assurance doit être le reflet exact de votre activité. Déclarez la moindre nouvelle tâche, même si elle vous semble mineure ou ponctuelle.
- Prudence sur les tarifs : Un tarif de décennale anormalement bas cache souvent un assureur en LPS peu fiable. La solidité et la réputation d’un assureur français sont une sécurité qui n’a pas de prix.
Décennale vs Biennale : quelle garantie activer selon la nature des fissures ?
La fissure. C’est le cauchemar du maçon et la hantise du client. Mais toutes les fissures ne se valent pas aux yeux des assureurs. Savoir distinguer une simple fissure esthétique d’une fissure structurelle est la clé pour activer la bonne garantie et éviter des mois de conflit. Comme pour les menuiseries, la distinction se fait entre la garantie biennale et la décennale. Une erreur de diagnostic peut vous orienter vers la mauvaise procédure et faire capoter votre demande d’indemnisation. Les assureurs s’appuient sur des critères très précis pour qualifier la nature du désordre.
Les microfissures (moins de 0,2 mm de large), souvent superficielles et limitées à l’enduit, relèvent de la garantie de parfait achèvement (la première année) ou sont considérées comme un défaut esthétique non couvert. Les fissures fines (entre 0,2 et 2 mm) qui traversent l’enduit peuvent relever de la garantie biennale si elles n’évoluent pas. En revanche, dès qu’une fissure est traversante, infiltrante ou évolutive (plus de 2 mm), elle est susceptible de compromettre la solidité de l’ouvrage ou de le rendre impropre à sa destination. On bascule alors clairement dans le champ de la garantie décennale. Cette évolution est un facteur aggravant qui pèse lourdement sur la sinistralité, et qui explique pourquoi les artisans BTP subissent une hausse de 5 à 15% des cotisations décennales en 2026.
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Face à un client inquiet, la pire chose à faire est de minimiser le problème ou de donner un avis à l’emporte-pièce. La seule démarche valable est d’objectiver la situation. Si vous avez le moindre doute sur le caractère évolutif d’une fissure, la meilleure preuve à apporter à l’expert d’assurance est un constat d’huissier. C’est une démarche rigoureuse qui coupe court à toute discussion.
- Mandater un huissier de justice : Il doit être compétent dans la zone géographique du chantier. Le coût est généralement compris entre 300€ et 500€.
- Faire poser des témoins : L’huissier fera installer des témoins en plâtre ou des fissuromètres gradués sur les points stratégiques de la fissure.
- Réaliser le constat initial : Il prendra des photos haute résolution et des mesures précises qui seront consignées dans un procès-verbal.
- Planifier le constat de suivi : Six mois plus tard, l’huissier reviendra mesurer l’évolution. Une évolution de plus de 2 mm sur un an est un argument très fort en faveur d’un caractère décennal.
- Transmettre le PV à l’assurance : Ce document officiel est une preuve irréfutable que vous joindrez à votre déclaration de sinistre.
Votre entreprise mérite d’être bâtie sur des fondations solides, et cela inclut vos protections juridiques et financières. L’assurance n’est pas un coût passif, mais un outil stratégique. La prochaine étape logique consiste à prendre votre contrat d’assurance actuel, à le poser sur la table et à l’auditer point par point, comme vous vérifieriez un plan de structure avant de couler le béton.
Questions fréquentes sur les assurances pour artisan du BTP
L’assurance décennale est-elle obligatoire pour un auto-entrepreneur dans le bâtiment ?
Oui, absolument. Le statut juridique de l’entreprise (auto-entreprise, SARL, SASU, etc.) ne change rien à l’obligation d’assurance. Dès qu’un artisan réalise des travaux de construction, de rénovation ou d’installation liés au bâti, il doit souscrire une garantie décennale et une RC Professionnelle. L’absence d’assurance est un délit passible de lourdes sanctions.
Quelle est la différence fondamentale entre la RC Pro et la garantie décennale ?
La RC Pro couvre les dommages que vous pourriez causer à des tiers pendant la réalisation du chantier (ex: un outil qui tombe sur une voiture, un dégât des eaux chez un voisin). La garantie décennale, elle, couvre les dommages graves qui apparaissent après la réception du chantier et qui affectent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à son usage, et ce pendant 10 ans.
Comment puis-je savoir si une nouvelle activité (comme la pose de panneaux solaires) est couverte par mon contrat actuel ?
Ne présumez jamais qu’elle l’est. La seule source fiable est votre attestation d’assurance. Elle liste de manière exhaustive toutes les activités couvertes. Si l’activité en question n’y figure pas noir sur blanc, vous n’êtes pas couvert. Vous devez contacter immédiatement votre assureur pour demander un avenant à votre contrat afin d’ajouter cette nouvelle compétence. Cela entraînera probablement un ajustement de votre prime.